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domingo, 17 de maio de 2009

Terrorisme au Maghreb : une analyse


Un peu de sérieux ne faisant jamais de mal, Bakchich propose une douceureuse et fort pointue analyse des derniers attentats terroristes commis au Maghreb.

Depuis quelques mois, les trois pays du Maghreb central sont le théâtre d’actions terroristes attribuées ou revendiquées par Al Qaïda au Maghreb islamique, nouvelle appellation du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) depuis janvier 2007.

L’ancien GSPC algérien, né en 1998 d’une scission avec le GIA, s’inscrit alors dans une logique internationale en essayant d’organiser des attentats plus adaptés au mode opératoire d’Al-Qaïda : attentats contre des autobus transportant des employés étrangers [1], voitures piégées, simultanéité des attentats commis en février 2007 en Kabylie contre des bâtiments des services algériens de sécurité.
Des chefs d’État qui craignent le terrorisme - JPG - 34 ko
Des chefs d’État qui craignent le terrorisme
© Khalid

Ces différentes attaques ont précédé le double attentat du 11 avril à Alger, l’un contre le Palais du gouvernement et l’autre un commissariat de police situé à Bab Ezzouar. Des opérations qui illustrent bien l’évolution du groupe et sa capacité à frapper au cœur même de la ville d’Alger, ce qui constitue un sérieux démenti au pouvoir algérien qui affirmait de manière insistante que l’islamisme radical n’était plus que résiduel.

L’ancien GSPC affiche ainsi sa volonté de déstabiliser l’État algérien tout en s’inscrivant dans la mouvance du jihadisme international que ce soit par le choix de ses cibles, son mode opératoire ou encore dans son ambition d’opérer s’il le peut, au-delà des frontières algériennes.

Ainsi, en décembre 2006, le groupe terroriste qui a été démantelé dans la banlieue de Tunis comptait six salafistes ayant été entraînés dans des camps du GSPC près de Tébessa, dans l’Est algérien [2].

Pour autant, la capacité du groupe salafiste algérien à unifier les forces jihadistes de la région n’est pas avérée et le lien qui pourrait exister entre les différentes actions terroristes semble davantage idéologique qu’opérationnel.

Au Maroc, par exemple, si les attentats-suicides survenus le 11 mars et le 10 avril [3] s’apparentent aux méthodes d’Al Qaïda, leur commandement paraît toutefois autonome. Ils raniment néanmoins le spectre de mai 2003, lorsque des attentats-suicides simultanés avaient provoqué la mort de 43 personnes à Casablanca.

Les autorités marocaines avaient alors réagi sévèrement, appréhendant plus de 5000 personnes considérées comme sympathisantes avec le groupe qui avait fomenté les attentats. Beaucoup furent condamnés à de lourdes peines par une justice très expéditive, et certains d’entre eux ont fini par bénéficier d’une grâce royale en 2005, le kamikaze du 11 mars en faisait partie.

Dans ce pays, la difficulté à contenir l’action de ces groupes est liée à divers facteurs : nous sommes d’une part face à des cellules islamistes radicales dont les objectifs sont divers. Si le GICM (Groupe islamique combattant marocain) reste le groupe de référence, il en existe d’autres, relativement déterminés à atteindre des cibles variées, allant des symboles du pouvoir, aux occidentaux, en passant par les touristes se trouvant au Maroc. Au cours de l’année 2006, les services de sécurité ont démantelé 11 réseaux d’agents recruteurs de combattants en Irak qui s’y rendaient via le Mali. Ces réseaux étaient animés par le GICM et l’un d’eux aurait envoyé 40 marocains combattre les forces américaines en Irak après avoir été entraînés dans le nord du Mali [4].

Le démantèlement régulier de cellules prêtes pour des attaques terroristes [5], indique qu’il y a bien une persistance de la menace de mai 2003 à avril 2007. Comme dans le cas du GSPC algérien, ces groupes marocains affichent une capacité certaine à régénérer les réseaux, et ce en dépit d’une grande surveillance de la part des forces de l’ordre. Le Maghreb serait-il alors devenu un terrain de recrutement privilégié pour les salafistes de la mouvance internationale ?

Si pour l’heure, le lien entre les logiques locales du GSPC rallié à Al Qaïda et la multiplication des attaques, notamment à Casablanca ne semble pas existant, les contextes politiques des deux pays, de même que les raisons susceptibles de créer un sentiment de désespoir chez les jeunes peuvent néanmoins présenter quelques ressemblances.

Les deux principaux pays du Maghreb organiseront cette année des élections législatives. Les attaques ici et là pourraient signifier un désaveu de la gestion du politique, dans la mesure où les consultations électorales n’ont pas réellement d’effet sur la conduite des affaires publiques. En outre, ici et là les partis islamistes dits modérés participeront à ces élections et le parti marocain de la Justice et du Développement (PJD) est donné gagnant. Les salafistes qui considèrent ces partis comme inféodés au pouvoir, souhaitent peut-être signifier qu’il y a d’autres façons d’être islamistes sans qu’il s’agisse pour autant d’une velléité de s’emparer du pouvoir. Contrairement au FIS ou au GIA, il ne s’agit pas là de vouloir mettre en place un État islamique, mais de s’inscrire dans un projet global qui puisse à terme fédérer les forces jihadistes locales tout en déstabilisant les pouvoirs en place, jugés complices des États occidentaux et dont les représentants sont jugés comme apostats.


[1] Le 11 décembre 2006, le GSPC revendique un attentats commis la veille, à Bouchaoui contre un autobus transportant des employés de la société algéro-américaine Brown and Root Condor (BRC), faisant un mort et neuf blessés. Début mars, un attentat visant un autre autobus transportant cette fois des employés d’une société russe fait quatre morts

[2] Sur un site islamiste lié à Al Qaïda, Les lueurs du Jihad en Tunisie, ce groupe avait déclaré « vouloir venger les musulmans du régime de Ben Ali, régime aux ordres de l’Occident et qui a combattu le voile islamique ».

[3] Le 11 mars 2007, attentat-suicide dans un cybercafé de Casablanca, le 10 avril, mort de quatre kamikazes et d’un policier

[4] Voir des recrues d’Al Qaïda passent par le Mali, Le Figaro 23 mars 2007.

[5] Par exemple, en novembre 2006, une cellule du GICM qui projetait de s’attaquer aux locaux de la chaîne 2M a été démantelée.

Le bon élève marocain félicité par l’oncle Sam


Un rapport de l’administration américaine publié fin avril félicite le Maroc pour ses efforts dans la lutte contre le terrorisme. Mais ça n’empêche pas ce pays d’être un incubateur à groupuscules.

Voilà qui devrait donner des ailes aux services de sécurité du royaume enchanté du Maroc. La grande puissance américaine vient en effet de décerner un satisfecit sans réserve à la stratégie chérifienne de lutte contre le terrorisme, lequel tient en deux mots : « good job » ! Et c’est le Département d’Etat lui-même, via son Bureau du Coordonnateur pour l’antiterrorisme qui le dit.

Dans son « Rapport sur l’antiterrorisme 2008 » remis au Congrès fin avril qui évalue annuellement le travail fourni par les partenaires des Etats-Unis dans leur lutte internationale contre le terrorisme, le Maroc fait définitivement figure de bon élève et de premier de la classe américaine au Maghreb.

Au vu des « succès » enregistrés par les autorités marocaines, listés par ce rapport, on comprend mieux pourquoi le royaume enchanté reste si peu communicant sur son travail de l’ombre : il s’est appliqué à suivre scrupuleusement l’approche « globale » conjuguant répression et prévention, prônée par la plus grande démocratie du monde qui, du coup, le lui rend bien. En passant outre sur certaines pratiques marocaines engendrant d’importantes violations des droits de l’homme.

Heureusement qu’avec ce rapport les Américains et leur sacro-sainte transparence viennent pallier aux petites cachotteries marocaines, Dieu est grand et M6 son serviteur. Et on en apprend de belles…


Un beau tableau de chasse pour les autorités marocaines

Ainsi de sa stratégie répressive, et la liste impressionnante d’arrestations et de condamnations réalisées au cours des douze derniers mois. Parmi les coups de filets d’importance citées par le rapport, l’arrestation du très sulfureux maroco-belge Abdelkader Belliraj à la tête d’un réseau démantelé en février 2008 de quelques 36 individus « qui préparaient des attaques contre des cibles locales et occidentales ». En juillet, un réseau cette fois de « 35 recruteurs pour l’envoi de volontaire en Irak » était neutralisé, suivi de l’arrestation le mois suivant, de 15 membres d’un groupe baptisé « Fath Al-Andalous » alors qu’ils planifiaient selon les services marocains, « des attaques contre les forces onusiennes de maintien de la paix basées au Sahara occidental et contre des sites touristiques » au Maroc.



Même tableau de chasse lorsqu’il s’agit de juger les prévenus accusés de complot terroriste : 25 ans d’emprisonnement pour Hassan Al-Khattab, le chef d’un réseau de 49 membres du groupe « Ansar Al-Mehdi » ; lourdes sanctions également prononcées en 2008 à l’encontre des individus arrêtés trois ans plus tôt qui appartenaient au groupe « Djammaat Al Mouslimoun Al Djoudoud », comme pour les 29 membres de la « cellule de Tétouan » ; prison à vie pour le kamikaze raté Hicham Doukkali, piégé par sa propre bombe qu’il avait tenté de faire exploser dans le centre de Meknès en août 2007. Autant de résultats à mettre sur le compte des « importants efforts déployés par les autorités du pays », comme s’en félicite le Département d’Etat, « pour neutraliser un grand nombre de groupes d’inspiration salafiste-djihadiste ».


Un de capturé, dix d’enrôlés

Sauf que la prolifération de ces micro-entreprises du terrorisme, qu’attestent ces « succès » révèlent dans le même temps le dynamisme remarquable de ce secteur d’activité dans le pays. Scoop : le Maroc est une vraie poudrière, CQFD.

Les Marocains l’ont même avoué aux Américains : « l’existence de nombreux petits groupes extrémistes (moins de 50 membres) constitués localement, isolés entre eux et tactiquement limités, reste la première menace » pour leur pays. La force d’attraction exercée par le groupe algérien Al-Qaïda dans les pays du Maghreb islamique (AQMI, ex-GSPC) sur le terrain marocain et ses appels répétés à s’attaquer au régime de Mohamed VI y contribue largement : « de nombreux Marocains se rendent au nord du Mali et en Algérie pour suivre des entrainements dispensés par des membres d’AQMI » apprend-on, avant de faire fructifier les acquis de cette nouvelle fraternité algéro-marocaine en terres chérifiennes ou l’exporter « en Irak pour y conduire des attaques terroristes ». Et s’ils survivent, le retour au pays de ces « vétérans » d’Irak représente un autre risque d’importance.

Mais il y a pire menace encore, selon les services marocains : ceux parmi leurs compatriotes à s’être « radicalisés au cours de leur séjour en Europe » (sic) et qui reviennent très remontés de cette expérience. Leurs homologues français, espagnols et italiens en particulier, apprécieront… qui doivent combattre de multiples filières implantées chez eux impliquant des Marocains, comme le rappelait le dernier rapport sur la lutte contre le terrorisme d’Europol publié quelques jours avec le Département d’Etat. A se demander pourquoi les Marocains ne restent pas vivre chez eux.

sábado, 9 de maio de 2009

Horaires et honoraires du consul marocain à Paris


Accord de principe décroché en 20 jours

Il avait en effet reçu, dès le 9 avril, un courrier de son ministère lui donnant un accord de principe (cf. doc 4) pour l’achat de l’appartement. Un record ! Comme si le Maroc n’avait pas d’autres chats à fouetter. Comme si le Consul Jaïdi ne pouvait pas attendre que le prix de l’immobilier parisien ne chute à cause de la crise.

Horaires et honoraires du consul marocain à Paris

Si le Consul Abderrazak Jaïdi sait faire acheter des appartements au ministère des Affaires étrangères marocains, il est un peu moins prompt à remplir ses missions de consul. Bakchich ne résiste pas au plaisir de republier un article sur le bonhomme paru en juin 2006.

« Rien ne va plus entre les autorités marocaines et la Préfecture de police de Paris, où siègent les commissions chargées de décider de l’éventuelle reconduite à la frontière des étrangers indésirables.

Les flics français reprochent à leurs homologues marocains de ne pas délivrer les précieux laissez passer qui rendront l’expulsion possible. « Les Algériens, eux, jouent parfaitement le jeu, comme le faisaient les Marocains au début des années 90, explique-t-on à la PP (diminutif de la Préfecture de Police), on a le sentiment que du côté des autorités consulaires marocaines, rien ne va plus ». Au point d’ailleurs que le service du protocole des affaires étrangères a transmis une note à ce sujet à l’Ambassade du Marc à Paris.

Fournir cravates, parfums, costumes : un travail de consul

Gabegie… Corruption… Ces mots reviennent dans la bouche des employés des services marocains à Paris quand ils évoquent la mission du consulat général. À la tête de ce dernier, Abderrazzah Jaidi, qui a rang d’ambassadeur, est l’homme à tout faire du Palais royal à Paris, tout comme son frère qui a les mêmes fonctions aux États-Unis. À lui de fournir aux proches de sa Majesté les cravates, parfums et autres costumes dont ces derniers peuvent avoir besoin. À en croire ses vantardises, il est beaucoup plus prompt à aider les puissants de Rabat pour leurs menus emplettes qu’à coopérer avec le ministère français de l’Intérieur.

C’est à lui que revient aussi la mission humanitaire de trouver de bons hôpitaux à Paris pour les amis du pouvoir, alors que la situation sanitaire marocaine, elle, confine au désastre. »

Le minsitère des Affaires étrangères est grand prince : 2,2 millions d’euros pour l’appartement du Consul


Le Maroc ne mégotte pas sur les prix

Le 28 avril dernier, le chef de la Division du budget et des affaires financières du ministère marocain des Affaires étrangères, Nour Eddine El Alaloui, écrivait en effet à son copain le Consul Jaïdi (cf. doc 2) : « j’ai l’honneur de vous demander de bien vouloir négocier le prix d’achat du bâtiment, des dépendances et des parkings à partir de 2.200.000,00 euros ».

Des clients qui fixent un prix plancher aussi élevé pour entamer des négociations ne courent pas les rues par ces temps de disette. Dans une lettre envoyée au Consul Jaïdi et en date du 20 mars 2009 (cf. doc 3), la Foncière du Rond-Point, qui se dit très honorée de vendre cette propriété au Maroc, en évalue le prix de vente « occupé » à 2,78 millions d’euros. Dépendances incluses.

Une chose est sûre, les Affaires étrangères se sont empressées de satisfaire le caprice du Consul. Alors que la dépense conséquente liée à l’achat de ce nid douillet n’était sûrement pas budgétée, il a obtenu gain de cause auprès de sa hiérarchie en vingt jours top chrono.

Le Consul général invoque des excuses bidons



Trop occupé à acheter des savonnettes

Dans ce même courrier, Abderrazak Jaïdi, précise que « depuis la réception de la “notification” de quitter les lieux, a commencé la recherche d’un nouvel appartement en location ». Las ! La tâche semble insurmontable pour le Consul qui, il est vrai, passe l’essentiel de son temps (cf. encadré) à acheter des parfums et autres savonnettes pour la famille royale. À moins qu’il ne renâcle à fureter comme il se doit pour se dénicher un toit en location.

Toujours est-il que Jaïdi se justifie en ces termes larmoyants auprès de son ministre de tutelle : « 1. Le loyer des appartements visités jusqu’à ce jour tourne autour de 12 000,00 et 15 500,00 euros. 2. Les Agences à Paris imposent des critères de garantie presque impossibles (prélèvement automatique sur le compte du consulat…) ». Rien, en réalité, que le royaume enchanté du Maroc ne pourrait surmonter, mais Jaïdi a une autre idée en tête : « l’opportunité d’achat de l’actuelle résidence est fort possible si votre Département donne son accord. La Société gérante vient de nous confirmer par lettre du 20 mars 2009 son souhait de passer cette transaction immobilière avec le Royaume du Maroc ». Elle en a eu du flair, l’agence immobilière…

Paris : les bonnes affaires immobilières du Consul du Maroc

5 de Maio 2009


Homme à tout faire de la famille royale à Paris, le Consul général du Maroc, M. Jaïdi, a réussi un tour de passe-passe : convaincre le Royaume d’acheter l’appartement parisien où il réside.

Le Consul général du royaume enchanté du Maroc à Paris, Abderrazak Jaïdi, qui a rang d’ambassadeur, se fait du mouron pour son logement de fonction dans la capitale française. Il occupe actuellement un somptueux 203m agrémenté d’une terrasse de 16m, de deux parkings, de deux box, de quatre chambres de service de 13m chacune et d’une cave. Le tout en location à Neuilly-sur-Seine et pour un loyer de 8 300 euros par mois.

Hélas, le sieur Jaïdi a eu une mauvaise surprise en mars dernier. Il s’en est ouvert le 26 mars par écrit (cf. doc 1) à son ministre de tutelle, Taïeb Fassi Fihri : « J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que ce Consulat a été avisé par lettre recommandée par le biais d’un huissier de justice, représentant légal de la société Foncière du Rond Point demandant de rendre libre les lieux de toute occupation en date du 28 février 2010, fin du bail de l’appartement servant de résidence à S.E. l’Ambassadeur chargé du Consulat Général du Royaume du Maroc ». L’heure est grave mais le Consul a plus d’un tour dans sa manche.

domingo, 3 de maio de 2009

Momo 6 passé au vitriol (Part IV)


Génération M6

Tout au long de son livre, Ali Amar égrène plusieurs révélations sur l’histoire du Journal Hebdomadaire comme cet épisode concernant l’ancien Premier ministre Driss Jettou.

« Dans sa villa du Val d’Anfa à Casablanca, Driss Jettou me reçoit avec le sourire, ce 25 juillet 2008. Je n’avais pas vu l’ancien Premier ministre depuis des années. Le sujet pour lequel je souhaitais le rencontrer devient presque secondaire lorsqu’il se met à égrener des souvenirs communs. « Tu ne sais pas à quel point je vous ai défendu lorsque j’étais aux affaires. Tout le monde voulait votre peau, des gens au Palais bien sûr, mais plus encore chez les socialistes. Parfois, le Conseil du gouvernement faisait de votre cas une obsession. Ça n’a pas été de tout repos, crois-moi. » Je veux bien le croire en effet.

2 décembre 2000, Abderrahmane Youssoufi, Premier ministre socialiste à l’époque, entérine la mort du Journal. Je suis attablé avec Aboubakr Jamaï, Fadel Iraki et l’un des enfants de Mehdi Ben Barka à la terrasse d’un café du XVIe arrondissement à Paris lorsque nous apprenons la nouvelle. Nous décidons de rester en France encore quelques jours pour organiser notre contre-attaque, car cette fois-ci la bataille sera encore plus rude et nous savons que notre meilleure défense est notre exposition à l’opinion internationale.

L’interdiction de l’hebdomadaire coïncide avec la tenue au Maroc du premier congrès de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) dans un pays non démocratique. Dans son communiqué de protestation, la FIDH fait remarquer à Youssoufi les contradictions de sa décision. Il prétend la prendre dans « sa conviction de renforcer les espaces de liberté », alors même qu’il a utilisé le fameux article 77 du code de la presse qui a servi pendant des décennies à censurer son propre parti lorsque celui-ci était dans l’opposition. Le satisfecit que voulait donner cette puissante organisation au royaume en organisant son congrès à Casablanca pour la transition vers un État de droit dans laquelle il semblait s’être engagé va tourner à la catastrophe médiatique.

Driss El Yazami, l’ancien opposant du régime et cheville ouvrière de la FIDH, se sent floué par cette décision liberticide. À notre retour de Paris, il invite Aboubakr Jamaï à la tribune du Congrès. Face aux caméras du monde entier, après un discours percutant, le jeune patron du Journal annonce sa décision d’entamer sur-le-champ une grève de la faim illimitée afin d’obtenir l’autorisation de ressusciter sa publication.

Les débats prévus sur les avancées en matière de droits de l’homme sous Mohammed VI paraissent dès lors désuets. Youssoufi, qui avait quitté la salle avant l’intervention de Jamaï, est décrédibilisé. Ce scénario inattendu au Palais va le contraindre à reconsidérer sa position, surtout qu’une campagne de presse à l’internationale se fait de plus en plus l’écho de la fin du « printemps marocain ».

Fouad Ali El Himma, en retrait depuis le début de la crise, reprend langue avec Fadel Iraki, l’actionnaire principal du Journal. Le rendez-vous aura lieu à Marrakech, alors que Jamaï, cloîtré depuis presque une semaine dans son bureau où il a installé un lit de camp, reçoit sans interruption les médias et enchaîne les conférences de presse jusqu’à épuisement.

La mobilisation est à son comble, alors que l’État et sa justice se confondent dans des explications juridiques surréalistes pour justifier leur refus d’autoriser Jamaï à lancer un nouveau titre. Le parquet de Casablanca, censé donner ce sésame sur simple présentation d’un dossier, conformément au code de la presse, joue la montre en arguant que des pièces administratives n’ont pas été produites, sans pour autant préciser lesquelles.

Alors en route pour Marrakech, Fadel Iraki reçoit un coup de téléphone de son ami Abderrahim Lahjouji, le patron de la CGEM, l’équivalent marocain du MEDEF, avec qui il s’était entretenu durant la journée. Il lui demande de faire demi-tour d’urgence et de le retrouver à son bureau privé de la rue d’Alger.

Là, la surprise est de taille : Driss Jettou, alors conseiller du roi, l’y attend. Iraki m’appelle pour assister à la rencontre. L’échange est cordial, mais quelque peu tendu. Lahjouji y met beaucoup du sien, explique au conseiller les retombées néfastes de l’affaire et étale sous ses yeux les articles du Monde, du Figaro et de Libération qui parlent d’un retour aux années sombres. Jettou se tourne vers moi et me dit : « Écoute, je sais que tu es un garçon raisonnable. Le pays est lynché, demande à ton ami d’arrêter au moins sa grève de la faim et je te promets de solutionner le problème dans l’heure qui suit. Si vous faites ça, je vous invite tous les trois à dîner ce soir autour d’un tajine de poulet au citron. »

Ce à quoi je réponds que, si Jamaï reçoit son autorisation avant la fin de la journée, nous serions honorés d’être invités à sa table. Au même moment, nous apprenons qu’ordre a été donné au procureur du tribunal de première instance de Casablanca de remettre en mains propres à un Jamaï triomphal son sésame.

Jettou appelle alors El Himma de son portable et lui annonce avec satisfaction : « On a gagné ! » Nous dînerons alors le soir même autour du tajine promis au domicile de Lahjouji. Au dessert, Jettou aura cette phrase terrible : « Vous devez savoir qu’au Palais, on ne lit pas tous vos articles dans le détail. On s’arrête souvent sur un titre qui dérange, une formule, mais le sens général n’est pas souvent compris. Vous n’avez pas affaire à des intellectuels. »

Pour garder la face, le procureur du roi sera dépêché sur le plateau de télévision de la chaîne 2M pour annoncer que Le Journal a finalement produit les pièces manquantes imaginaires. Le publicitaire Nourredine Ayouch, un proche du Palais, était passé opportunément à l’administration du Journal pour demander une copie du dossier initial, remis un mois plus tôt au procureur. Il ira le déposer au greffe du Tribunal, offrant ainsi à l’État le prétexte officiel pour céder à la pression médiatique. »

Mohammed VI, Le grand malentendu. Dix ans de règne dans l’ombre de Hassan II. Par Ali Amar. Ed. Calmann-Lévy.

Momo 6 passé au vitriol (Part III)


Les deux têtes de Janus

Au menu de ce chapitre, la description des relations entre deux personnalités proches de Mohammed VI : les sieurs Fouad Ali el Himma et Mounir Majidi. Les deux hommes se livrent un combat de titans pour le pouvoir et l’oreille du souverain.

« Depuis que Mohammed VI est roi, les parcours fulgurants des deux hommes résument à eux seuls la « nouvelle ère ». Deux personnalités, devenues en dix ans les plus influentes du Maroc, qui n’ont presque aucun point en commun, sinon celui de vouloir être au plus près de Sa Majesté. Ils personnalisent deux archétypes de cette « Génération M6 », mais surtout deux versants d’un même pouvoir, dont le roi a lui-même tracé les contours : El Himma à la politique et à la sécurité en tant que ministre délégué de l’Intérieur, Majidi au business et à la gestion de la fortune royale en tant que chef du secrétariat particulier du roi.

Depuis qu’ils se sont hissés au pinacle du pouvoir, ces deux confidents de Mohammed VI font mine de respecter ce jeu de rôle, mais, à chaque faiblesse de l’un ou de l’autre, leur guerre d’usure laisse jaillir des étincelles. En coulisses, leur combat n’a pas repris : il ne s’est jamais interrompu. « Arrêter de surveiller l’autre serait déjà une erreur, cesser de s’en méfier, une faute », commente un habitué du sérail.

Les quelques patrons invités à la cène d’Elalamy qui abordent ce sujet en discrets conciliabules ont des raisons de s’inquiéter : ils font partie du clan Majidi, formaté autour des holdings royaux et du patronat. Et Majidi est de nouveau au centre de plusieurs polémiques qui pourraient favoriser ceux d’en face, affidés à l’aile sécuritaire du Palais.

Déjà en 2004, lorsque se préparait la relève au sein du patronat, El Himma avait saisi l’occasion d’avancer ses pions dans le pré carré des hommes d’affaires, soutenu en cela par le tour de vis sécuritaire donné au pays au lendemain des attentats sanglants du 16 mai 2003 à Casablanca, la capitale économique du royaume.

El Himma avait profité de l’événement pour accuser publiquement les grands patrons de la ville de ne pas suffisamment investir afin de stimuler l’économie marocaine, de réduire le chômage et ce faisant d’éradiquer la misère des banlieues, terreau fertile de l’islamisme radical. Il empiète alors sur le domaine réservé de Majidi, qui lui aussi veut contrôler à sa manière le patronat en y plaçant ses fidèles alliés. Parce qu’il s’agit de menace terroriste, parce que la sécurité nationale est en jeu, l’incursion d’El Himma sera tolérée par Mohammed VI.

Un geste qui sera très médiatisé et qui rappelle une vérité toute simple : dans la hiérarchie du pouvoir marocain, il n’y a pas de place pour deux vice-rois en période de crise. « Comment, dans ces conditions, parler d’attelage efficace destiné à secouer l’immobilisme du gouvernement ? », s’interroge la presse, qui critique cette polarisation du pouvoir autour du roi et qui ne crée que tensions et scandales à répétition.

Cette fois, le fer est croisé au cœur du business de Mohammed VI. Une violente controverse vient d’éclater autour du débarquement précipité de Khalid Oudghiri, un ancien cadre de la BNP promu au poste de P-DG d’Attijariwafa Bank, la banque contrôlée par les holdings du roi. Yassine Mansouri, le patron de la DGED (Direction générale des études et de la documentation), le service de contre-espionnage marocain, est destinataire en décembre 2006 d’une missive confidentielle de ses homologues français. La France, première partenaire économique du royaume, s’inquiète de voir malmenés ses intérêts au Maroc.

Mohammed VI est immédiatement informé. On ne saurait obscurcir le ciel dégagé des relations privilégiées avec Paris, alors que le soutien de l’Élysée et du Quai d’Orsay est si crucial sur le dossier du Sahara occidental. El Himma y voit une opportunité de porter l’estocade à son rival.

Une réunion extraordinaire est organisée au ministère de l’Intérieur en janvier 2007, à laquelle sont convoqués Majidi et ses lieutenants : Hassan Bouhemou, le patron de Siger (anagramme de Regis, « roi » en latin), holding du souverain qui contrôle l’Omnium Nord-Africain (ONA) et Attijariwafa Bank, Saâd Bendidi, à l’époque P-DG de l’ONA, et Khalid Oudghiri, le P-DG d’Attijariwafa Bank.

En face d’eux, El Himma aligne Chakib Benmoussa, le ministre de l’Intérieur, par ailleurs un ancien de l’ONA, et Yassine Mansouri, le chef des services secrets. La réunion est houleuse, mais au sein du clan Majidi, Oudghiri laisse entrevoir des positions opposées sur la stratégie de la banque vis-à-vis de l’ONA et de ses partenaires français, notamment AXA et Auchan avec qui la guerre est ouverte.

Oudghiri sera invité à s’exprimer plus librement à huis clos lors d’une deuxième rencontre avec les « sécuritaires ». À cette occasion, il s’opposera à l’idée de mettre la banque qu’il dirige au seul service des intérêts du roi. L’hostilité à l’égard des intérêts économiques de la France est pour lui une hérésie.

El Himma boit du petit-lait et s’empresse de s’en ouvrir à Mohammed VI qui attend des explications. Mais l’omerta qui règne au Palais veut que rien ne filtre, l’affaire devra rester secrète. Elle sera tranchée par le limogeage d’Oudghiri sans autre forme d’explication, Majidi préférant sacrifier un pion sur l’échiquier pour que les querelles sur les affaires royales ne soient pas rendues publiques, surtout lorsqu’elles se télescopent avec des enjeux diplomatiques.

Pire, alors que Oudghiri quitte le Maroc des mois plus tard pour prendre la direction d’une banque saoudienne, il sera accusé de malversations et de mauvaise gestion d’Attijariwafa Bank, au point qu’il fera appel pour sa défense à Me Vergès, le ténor du barreau parisien, pour se prémunir de la vengeance du clan Majidi qui ne lui a pas pardonné sa traîtrise. »

Momo 6 passé au vitriol (Part II)


Très riche roi des pauvres

D’emblée, Ali Amar dresse un portrait carabiné du roi Mohammed VI et de son penchant pour la fête avec les people.

« Samedi 2 novembre 2002 à Marrakech. C’est le pic de saison pour La Mecque du tourisme marocain après les longs mois d’accalmie qui ont suivi le 11-septembre, mais les hôteliers et les restaurateurs font grise mine. Sur ordre des autorités, comme à l’accoutumée, tous les débits de boisson baissent leur rideau aux musulmans : dans quelques jours c’est ramadan. Un tunnel d’un mois qui grève leur chiffre d’affaires, surtout lorsque le calendrier de l’Hégire le fixe en automne.

Vers 21 h 30, pourtant, à un jet de pierre du célèbre palace La Mamounia, dans la rue qui abrite Le Comptoir, un lounge-bar à la mode, l’ambiance n’est pas à la piété. De rutilantes limousines escortées de motards, tous gyrophares tournoyants, déversent dans un ballet incessant près de 300 convives aux portes de ce haut lieu de la vie nocturne marrakchie.

Ce soir, la jet-set internationale est invitée par P. Diddy, la star du rap américain, qui a choisi le Maroc pour souffler ses 33 bougies. Sont arrivés à bord de deux avions spécialement affrétés de New York et de Paris par la Royal Air Maroc : Naomi Campbell, Ivana Trump, Tommy Lee Jones, Joey Starr ou encore Gérard Depardieu. De nombreux artistes de la scène musicale new-yorkaise dont les chanteurs Usher ou Billy Crawford ont également fait le déplacement pour trois jours et trois nuits de libations à l’orientale. Coût de l’anniversaire : un million de dollars, selon la très people « Page Six » du New York Post et le tabloïd anglais The Sun, qui affirmeront que la somme pour régler la note salée provenait de la cassette personnelle de Mohammed VI.

L’information est relayée par toutes les gazettes mondaines de la planète et devient vite incommodante pour le jeune roi que l’on voit à la veille du mois sacré distribuer lui-même, à grand renfort de propagande, la soupe populaire aux nécessiteux du royaume. L’humoriste franco-marocain Jamel Debbouze, ordonnateur de ces soirées dignes des Mille et une nuits, est appelé à la rescousse.

Il dira benoîtement qu’il a organisé lui-même ces festivités à travers Kissman Events, la société d’événementiel qu’il a créée au Maroc à cette occasion. Plus cocasse encore, son agent Jean-Pierre Domboy affirmera qu’en réalité l’opération n’a été possible que « grâce à une conjonction de partenaires comme l’office marocain du tourisme, la compagnie Royal Air Maroc, de grands palaces de Marrakech, ainsi que la chaîne de supermarchés Marjane ». Une bien fortuite conjonction de grandes entreprises publiques et de l’enseigne de grande distribution qui appartient à un holding royal.

Toujours est-il qu’officiellement, le roi Mohammed VI n’a en aucun cas offert quoi que ce soit sinon, toujours selon l’agent de Jamel Debbouze, « l’utilisation d’une quinzaine de voitures avec chauffeurs, attachés au Palais ». L’intention de Jamel, « qui s’implique de plus en plus dans la promotion de l’image de son pays d’origine, était de faire découvrir à P. Diddy et à ses amis américains la beauté du Maroc, le sens de l’hospitalité et de la fête de ses habitants et surtout de leur montrer qu’un pays musulman pouvait être tout à fait fréquentable ».

En réalité, le rétropédalage de Debbouze cache mal la gêne du Palais qui s’efforce depuis l’accession de Mohammed VI au trône en 1999, de façonner au souverain une image de « roi des pauvres » en rupture avec la magnificence médiévale de Hassan II. Des photos de paparazzi parues dans la presse, qui le montraient, alors prince héritier en jean et baskets, un paquet de Marlboro à la main, faisant ses emplettes dans les beaux quartiers de Paris, avaient déjà valu à sa garde rapprochée de sévères remontrances. Les débuts de son règne semblaient pourtant confirmer cette volonté du jeune roi de vivre au diapason de son peuple : plus modestement. »

(…)

« le train de vie de sultan des temps modernes mené par Mohammed VI ne peut plus être tenu secret. Chaque année, le budget de l’État alloué à la monarchie s’élève à près de 300 millions d’euros. On y décompte les « listes civiles » qui comprennent notamment le salaire du chef de l’État (environ 36 000 euros par mois) ainsi que les indemnités que perçoit sa famille proche dont le détail reste confidentiel, atteignant 2,5 millions d’euros par an.

Cependant, l’essentiel des dépenses du monarque provient d’à-côtés budgétaires pharaoniques destinés à entretenir sa cour et ses proches collaborateurs (un millier de salariés qui n’engloutit pas moins de 160 millions d’euros chaque année). Des rallonges qui sont prestement votées par consentement tacite des élus de la Nation au pouvoir bien limité.

Le budget de fonctionnement de la maison royale – réparti en frais de personnel, frais de bouche, frais de déplacement, de téléphone, d’entretien des palais et de subventions diverses – représente plus de 2 % des dépenses totales de l’État. Il a augmenté de plus de 40 % depuis 2000. Il dépasse l’enveloppe allouée à la Justice, par exemple, et représente plus de vingt-cinq fois celle du Premier ministre et de son cabinet, réduit à la portion congrue et de facto à la figuration.

Les dépenses somptuaires du Palais, décuplées par le grand apparat de son protocole, atteignent des sommets pour chacune des coquetteries voulues par le roi. Mohammed VI dilapide par exemple 40 millions d’euros par an en frais de voyages, 1 million pour la nourriture des animaux du Palais, 6 millions pour le renouvellement de son parc automobile, près de 2 millions en dépenses vestimentaires chez les grands couturiers comme Gianfranco Ferre ou des stylistes en vogue comme Holland and Sherry, qui a annoncé en 2008 sur le site stv.tv que le roi faisait partie des 18 personnalités à lui avoir commandé l’habit le plus cher au monde : un costume en laine de lama des Andes pour la coquette somme de 35 000 livres sterling. La marque qui habille les grandes stars comme George Clooney et Tom Cruise précisait que le vêtement de Mohammed VI nécessitait un travail de dix-huit mois pour sa confection.

Des chiffres qui donnent évidemment le vertige dans un pays où le salaire minimum ne dépasse pas les 200 euros. »

Momo 6 passé au vitriol (Part I)


Un livre au vitriol sur les dix ans de règne de Mohammed VI, signé par le cofondateur du plus grand hebdo marocain. Savoureux menu… Encore un peu relevé par le refus du Journal Hebdomadaire d’en publier les bonnes feuilles.

Les plumitifs du royaume enchanté qui se vouent aveuglément à la défense de Mohammed VI et du makhzen marocain ne pourront pas crier à l’ingérence étrangère. Cette fois, c’est un journaliste marocain qui s’attaque à la citadelle royale.

Co-fondateur avec Aboubakr Jamaï du grand hebdo indépendant Le Journal Hebdomadaire, Ali Amar, 42 ans, publie ce mercredi chez Calmann-Lévy, Mohammed VI, le grand malentendu.

Peu amène, cet ouvrage tire le médiocre bilan des dix premières années de règne du fils de Hassan II et passe en revue différentes affaires qui ont égayé les débuts du jeune souverain : les petits week-ends en amoureux de Nicolas et Carla Sarkozy chez un Mohammed VI qui a mis à leur disposition son « petit palais de Jnane Lakbir, niché dans la Palmeraie » de Marrakech, le renvoi de l’ancien ministre de l’Intérieur Driss Basri, l’assassinat du maître-chanteur Hicham Mandari, la pittoresque affaire de Talsint où le roi a cru que l’on avait trouvé du pétrole au royaume enchanté… Mais aussi des descriptions précises des dérives de l’entourage du monarque, sans oublier Lalla Selma, la rousse épouse de Mohammed VI. Bonnes feuilles.


Psychodrame au Journal Hebdomadaire

Grosse surprise dans les kiosques marocains le vendredi 24 avril. Les bonnes feuilles du livre d’Ali Amar qui devaient figurer dans le Journal Hebdomadaire n’y sont pas. Alors que le tout Rabat-Casa jase sur le pourquoi du comment de cette absence, Bakchich a joint les différents protagonistes de cette affaire qui livrent leur version des faits.

Omar Brouksy, rédacteur en chef du Journal Hebdomadaire : « Il était prévu de passer des bonnes feuilles du livre d’Ali Amar ainsi qu’une interview de l’auteur que nous avons réalisée. Puis Fadel Iraki (principal actionnaire du Journal Hebdomadaire) et Aboubakr Jamaï (co-fondateur du Journal et ancien directeur de la publication) m’ont téléphoné et m’ont dit que si c’était un livre sur le régime, l’un des principaux acteurs de l’ouvrage était le Journal Hebdomadaire. Ils m’ont dit que des gens leur (aux responsables du Journal) avait fait confiance en leur racontant des choses en “off” et que ces choses se retrouvaient maintenant dans le livre d’Ali Amar. Mais aussi que si le Journal publiait les bonnes feuilles, cela revenait à cautionner cette méthode de faire. J’étais libre de publier ou non les bonnes feuilles et j’ai pris la décision de consulter la rédaction. Après débat, nous avons alors décidé de ne rien sortir ».

Aboubakr Jamaï, co-fondateur du Journal Hebdomadaire et ancien directeur de la publication qui réside aujourd’hui aux Etats-Unis : « J’ai fortement recommandé la non-publication des bonnes feuilles du livre d’Ali Amar dans le Journal Hebdomadaire. Je ne voulais pas prendre position maintenant car il y avait des problèmes d’angle éditorial. On a reçu le livre trop tard pour réagir proprement. »

Ali Amar, co-fondateur du Journal Hebdomadaire, ancien directeur général et auteur de l’ouvrage Mohammed VI, le grand malentendu : « Jamais je n’ai pensé que l’on me ferait ce que l’on me fait en me jetant dans la fosse aux lions. Jamais ! Je n’ai pas lâché les sources qui nous avaient révélé des informations. Je témoigne de choses que j’ai vécues personnellement. C’est différent. C’est par exemple le cas de l’épisode où Aboubakr et moi rencontrons Edwy Plenel alors directeur de la rédaction du Monde, à Paris. Plenel ne s’était pas exprimé sous le sceau du secret et, pendant l’écriture du livre, j’ai téléphoné à Aboubakr pour vérifier avec lui que Plenel nous avait bien dit à tous les deux qu’André Azoulay (conseiller de Hassan II puis de Mohammed VI) avait bien dit du jeune roi que le Monde voulait interviewer : « n’y pensez pas, Edwy, ce jeune homme est ingénu. ».

Voilà qui promet de beaux débats dans les jours qui suivent…. La question est maintenant de savoir comment le Journal traitera du livre (ou ne traitera pas) de son co-fondateur et ancien directeur général. La réponse sans doute le vendredi 1er mai.

C.G.

Maroc, le tonton flingueur de Momo 6


L’oncle du roi Mohammed VI a grièvement blessé par balles un policier qui voulait lui infliger une contravention pour avoir grillé un feu rouge. L’indignation gronde au royaume enchanté du Maroc mais la justice passera-t-elle sur un membre de la famille royale ?

On a la gâchette facile dans la famille royale marocaine. C’était le cas du roi Hassan II lorsqu’il s’agissait de chasser le gros gibier et c’est celui de son beau frère quand un agent de la circulation veut le verbaliser. Hassan Yacoubi, époux de la princesse Lalla Aïcha et oncle du roi Mohammed VI, a tiré à bout portant et à balles réelles le 9 septembre au soir sur Tarik Moubhib, 31 ans, qui réglait la circulation à un carrefour du quartier d’Anfa, à Casablanca, la capitale économique du Maroc. Le policier a été grièvement blessé à la jambe.


Plombé pour un feu rouge

A l’origine de cette colère de Hassan Yacoubi ? Tarik Moubhib voulait tout simplement appliquer la loi en lui collant un PV pour avoir grillé un feu rouge avec son rutilant 4x4 Infinity noir. L’agent ignorait, bien entendu, à qui il avait affaire. Sinon, comme il est hélas de coutume au Maroc, il aurait salué le personnage royal d’une courbette en lui souhaitant bonne route. Mais là, même pas le temps de se confondre en salamaleks ! « Tu n’es qu’un moustique et tu oses me demander mes papiers », a attaqué d’emblée Yacoubi. « Je suis ton maître et seigneur ! » Le pauvre agent de la circulation n’en menait déjà pas large quand l’oncle de Mohammed VI lui a demandé sans même attendre une réponse : « crois tu être le seul à avoir une arme ? Moi aussi j’en ai une, espèce d’insecte ». Puis, il a plongé la main dans sa boîte à gants avant d’en sortir un revolver et de tirer à bout portant sur le policier qui s’est écroulé. Ce dernier a rapidement été évacué en ambulance pendant que Yacoubi s’est retranché dans son véhicule encerclé par une foule de témoins et de badauds indignés par la scène. Paradoxalement, c’est la flicaille encadrée par le préfet de Casablanca qui a sorti le personnage royal de cette situation inédite. Les policiers l’ont même conduit au commissariat dans son propre 4X4 pour lui épargner le panier à salade…


L’oncle du roi est maboule, vive l’oncle du roi

Fait exceptionnel pour un Maroc où la famille royale jouit de tous les privilèges possibles et imaginables, la très officielle agence de presse MAP a pondu une dépêche trois heures après l’accident. Elle y raconte qu’un dénommé Yacoubi, sans préciser son lien de parenté avec le roi, a tiré sur un agent de la circulation le blessant légèrement (qu’importe si trois semaines plus tard, le pauvre homme est toujours à l’hôpital). La MAP précise en outre que l’agresseur « souffre depuis plusieurs années de la maladie de Korsakoff qui provoque une grave dégénérescence mentale ». Le tonton flingueur a donc « suivi plusieurs traitements psychiatriques depuis cinq ans. (…) Depuis 1995 il avait un permis de port d’armes qui lui a été immédiatement retiré ». Voilà pour la prose officielle.

De façon tout aussi exceptionnelle, la presse marocaine indépendante ne s’est pas privée de raconter l’évènement et de s’indigner que pareil cuistre jouisse d’un permis de port d’armes malgré sa « maladie » mentale. « La belle astuce ! » s’est même exclamé le quotidien marocain Le Soir Echos, sceptique sur la maladie de Korsakoff dont est sensé souffrir l’oncle de Mohammed VI. Causée notamment par un alcoolisme chronique, elle peut provoquer de l’amnésie, des troubles sensoriels ou moteurs voire des états de grande confusion, mais certainement pas de l’agressivité. Ce qui met toutefois le plus en fureur certains journalistes, comme les organisations de défense des droits de l’homme, est que, trois semaines après l’accident, le procureur du roi a certes ouvert une enquête mais n’a toujours pas inculpé Yacoubi. Il s’est, en revanche, dépêché de l’envoyer dans un asile psychiatrique mais la rumeur qui cavale dans les rédactions marocaines veut que le malade est déjà rentré à la maison.

Dans le même registre moyenâgeux, la Direction Générale de la Sureté Nationale (DGSN), dont dépend le malheureux agent, n’a pas défendu son policier. Surveillé en permanence dans sa chambre d’hôpital par des collègues, qui empêchent de rentrer certains membres de sa famille, Mouhib a été joint au téléphone, la semaine dernière, par un journaliste de l’hebdomadaire marocain Tel Quel. Ses propos sont édifiants : « Je ne peux pas déposer plainte moi-même. C’est à l’administration de prendre contact avec un avocat et de décider des suites à donner à l’affaire. Pour l’instant, je n’ai rien vu venir ». De leur côté, les directeurs des deux principaux quotidiens arabophones, Rachid Nini d’Al Massae et Ali Anouzla, d’Al Jarida al Oula, ainsi que deux organisations des droits de l’homme, l’AMDH et le CMDH, ont demandé à Mohammed VI dans leurs éditoriaux qu’il accepte, pour la première fois dans l’histoire du royaume, qu’un membre de sa famille soit jugé. Mohammed VI franchira-t-il le pas ? Les paris sont ouverts mais il est permis d’en douter.

La tante de Mohammed VI et ses nervis défigurent une avocate


Encore un drame dans la famille royale marocaine. Après le tonton flingueur de Mohammed VI qui a tiré sur un policier en septembre, voilà qu’une tantine et ses nervis défigurent une avocate.

Hafsa Amahzoun, soixante ans et des poussières, a deux particularités. Elle est la tante du roi du Maroc, Mohammed VI (M6), et est une dangereuse enragée. Selon le quotidien El Pais, elle a, avec quelques nervis, défiguré une pauvre avocate, dans la ville de Khenifra, le 14 avril dernier. La victime est aujourd’hui à l’hôpital en attente d’une opération de chirurgie réparatrice. Pour une histoire de plein d’essence !

Une grève des transports perturbe actuellement le ravitaillement des stations services à travers le royaume. Tout simplement insupportable pour la tante de M6 qui, à bord de son carrosse, a tenté d’intercepter près de la localité de Mrirt, dans le Moyen-Atlas, un camion du pétrolier Afriquia pour faire le plein et remplir les citernes de sa pompe à essence. Le chauffeur ne s’est pas démonté : le carburant qu’il transporte est destiné à une station-service de la ville de Khenifra, à une trentaine de kilomètres de là. Et à personne d’autre.


À la poursuite du chauffeur de camion

Refusant de se faire dévaliser, le chauffeur parvient à prendre la poudre d’escampette et, à bord de son camion, s’enfuit à 110 km/h sur la route. Selon le responsable de la section locale de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) cité par El Pais – une version analogue a été publiée dans deux quotidiens marocains –, une quarantaine d’hommes de main de l’altesse l’ont poursuivi à bord d’une dizaine de voitures.

Tout ce beau monde se retrouve finalement vers 23 heures à la station-service de Khenifra où le psychodrame prendra fin. Les gendarmes sont appelés à la rescousse et arbitrent : le carburant transporté dans le camion revient à la station-service et non à la tantine royale. Visiblement piqués, l’altesse et ses nervis, armés de gourdins et d’armes blanches, mettent alors à sac la station ainsi qu’un restaurant attenant. Des employés auraient également été tabassés au passage.


« Ici, tous les citoyens sont égaux devant la loi »

Effaré, le propriétaire de la station-service demande alors à son épouse, Fatima Sabiri, d’aller se réfugier au commissariat le plus proche. Avant de s’en aller en voiture, cette avocate déclare : « ici, tous les citoyens sont égaux devant la loi ». Crime de lèse altesse ! La tante de M6 poursuit alors l’insolente qui parvient à franchir le seuil du commissariat. Là, elle est rattrapée par l’altesse en furie et ses hommes de main qui, selon le président de l’AMDH et l’époux de la victime, prennent d’assaut le commissariat et frappent l’avocate avant de lui asséner deux coups de couteau, dont un au visage qui l’a défigurée.

Selon le mari, les policiers ont laissé filer les agresseurs sans les importuner et, pendant le martyr de son épouse, se sont contentés de demander aux sbires de l’altesse d’être « miséricordieux ». Si une plainte a bien été déposée et une manifestation de protestation, qui a rassemblé entre 3 000 et 4000 personnes, organisée à Khenifra par l’AMDH, ce drame moyenâgeux repose avec acuité la question de l’impunité de la famille royale.


La famille royale compte déjà un tonton flingueur

En septembre dernier, un oncle de Mohammed VI, Hassan Yacoubi, avait tiré sur un policier l’ayant interpellé après qu’il a brûlé un feu rouge à Casablanca. L’affaire avait été enterrée et le tonton flingueur déclaré malade mental. Qu’en sera-t-il avec la tante de Mohammed VI, Hafsa Amahzoun ? Il va être difficile d’inventer des excuses psychiatriques pour tous les crimes commis par des membres de la famille royale depuis que ces derniers sont portés à la connaissance du grand public.

domingo, 19 de abril de 2009

Maroc : la population de Sidi Ifni a contraint le pouvoir à reculer


La justice marocaine, réputée pour ses penchants répressifs, a fait preuve d’une clémence toute stratégique. Les accusations ne tenaient pas la route.

Reporté deux fois sous divers prétextes – dont l’une des conséquences est d’avoir maintenu quelques semaines de plus en prison des innocents – le procès des 22 militants de Sidi Ifni, qui veulent sortir leur petite ville de la misère, s’est terminé dans la nuit du 9 au 10 avril. Après dix-sept heures de débats souvent inaudibles en raison d’une sonorisation à l’image de la justice marocaine : déplorable.

Même si des accusés resteront encore quelques mois en prison, le tribunal d’Agadir, au sud du Maroc, n’a pas pu faire autrement que de prendre en compte l’exceptionnelle mobilisation de la population locale soutenue par de nombreuses associations et la présence de plusieurs observateurs internationaux. Les incohérences multiples de l’acte d’accusation ont fait le reste. Résultat des courses : après des heures d’attente et d’inquiétude, cinq accusés resteront encore quelques mois en prison. Les dix-sept autres, dont dix étaient déjà en liberté provisoire, ont été soit acquittés, soit libérés pour avoir déjà purgé leur peine.


Des accusations farfelues et non-fondées

Pour Attac Maroc, association à laquelle appartiennent plusieurs militants emprisonnés, comme pour toutes les associations représentées à Agadir, ces peines, aussi « injustes et indignes d’un État de droit » soient-elles, sont « une reconnaissance par le pouvoir de l’inanité des accusations portées contre les détenus de Sidi Ifni » et, en particulier, l’absence de toute preuve à l’appui des accusations graves portées contre les militants : « constitution et direction d’une bande criminelle », « tentative d’assassinat », « rassemblement armé », « port d’arme ostensible lors de manifestation », « destruction d’établissement industriel et d’un établissement portuaire » etc. Accusations invraisemblables mais qui pouvaient entraîner des peines excessivement lourdes.


Cependant, pour Attac Maroc, comme pour la population de Sidi Ifni, qui a observé une grève générale le jour du procès, la relative « clémence » du tribunal d’Agadir ne suffit pas.

Pour elles, le règlement définitif de ce lourd dossier passe par la relaxe de l’ensemble des détenus, par l’engagement d’une enquête et de poursuites à l’encontre des responsables des violences commises lors de la dure répression du 7 juin 2009.

Et, last but not least, par la réalisation effective d’un plan de développement pour la région avec la participation lors de son élaboration et de sa mise en œuvre des représentants du mouvement citoyen qui a porté la revendication d’un tel plan.

domingo, 5 de abril de 2009

Armée marocaine : ça sent la fin des haricots pour les vieux dinosaures


Le roi du Maroc, Mohammed VI, s’apprêterait à dépoussiérer l’organigramme des Forces armées royales (FAR). Attention, ça va valser chez les militaires !

Les jeunes officiers des Forces armées royales (FAR), l’armée marocaine, croisent les doigts. Presque dix ans après être monté sur le trône, le roi Mohammed VI s’apprêterait enfin à donner un grand coup de pied dans la fourmilière militaire. Et à mettre en retraite la vieille garde incarnée par trois généraux tout droit descendus de l’ère Hassan II : Hosni Benslimane, commandant de la Gendarmerie royale, Abdelaziz Bennani, Inspecteur général des FAR, ainsi que Bouchaïb Arroub, chef du 3è bureau de l’Etat-major des FAR. Un trio de généraux de corps d’armée quatre étoiles que leurs subalternes qualifient de « triangle d’or » des FAR.

À entendre la jeune génération, ceux-ci sont responsables de tous les maux qui frappent l’armée : corruption à grande échelle, blocage de montée en grade de colonels, clientélisme et inefficacité aggravée. Et certains ne se privent même pas pour ronchonner tout haut que ce sont eux qui font tout le travail et les « vieux briscards » qui récoltent les médailles et autres marques de reconnaissance.

En 2002 déjà, l’ancien ministre de l’Intérieur de Hassan II, Driss Basri, décédé en exil à Paris en 2007, le prédisait. « Le roi va faire le ménage prochainement au niveau des principales institutions du royaume, notamment l’armée et les services de sécurité. Il le fera par étapes, sans bousculades », avait-il déclaré en substance à la DGSE venue le confesser à domicile. Avant de préciser : « S’il le fait, cela voudra dire que les généraux à la tête de l’armée ne seront plus considérés comme les gardiens de la monarchie ».


Des noms de généraux circulent déjà

Les prédictions de l’ex-premier flic du royaume enchanté du Maroc semblent sur le point de se réaliser, avec le souci en prime, au Palais royal, de professionnaliser les FAR… « Mohammed VI veut rajeunir les troupes avec des officiers de commandement qui ont entre 45 et 55 ans et qui ont été formés dans les grandes écoles militaires anglo-saxonnes et françaises mais qui ont aussi fait leurs preuves sur le terrain », affirme un fin connaisseur des FAR. De surcroît, lorsqu’il était Prince héritier, le futur Mohammed VI occupait la fonction de Coordinateur des Bureaux et des Services des Forces Armées Royales et a forcément repéré des militaires de sa génération qui sortaient du lot. Trois noms notamment circulent pour les futurs postes à hautes responsabilités à pourvoir : le général Zouhri, le général Benyasse et le général El Kouch.

Les annonces de Mohammed VI pourraient intervenir soit le 30 juillet au moment du traditionnel discours du Trône ou, si la Grande Muette s’impatiente trop, le 14 mai, lors de la fête commémorant la création des FAR en 1956.

domingo, 22 de março de 2009

O Rei que não quer ser Rei : A última tournée de Momo 6






Après 20 planches, voici venu le temps de dire au revoir aux aventures épiques du roi enchanté du Maroc. Pour terminer, Khalid vous offre un joyeux retour sur la pratique de l’anglais par le bon M6. Et bientôt de nouvelles surprises.

O Rei que não quer ser Rei : Momo 6 e o Google Earth






Roi bâtisseur, M6 n’en est pas moins contrôleur. Et homme de son temps. Il n’hésite pas ainsi à utiliser Google Earth pour guetter l’avancement des travaux du royaume. Oubliant au passage que le citoyen marocain, lui, n’a pas accès au logiciel.

sábado, 28 de fevereiro de 2009

O Rei que não quer ser Rei





Aston Martin, Mercedes, Jaguar, M6 craque régulièrement pour des voitures de luxe. Au point d’inquiéter son entourage qui voit les dirhams partir aussi vite que les Ferrari.

O Rei que não quer ser Rei


Alors qu’une liste provisoire des clients de l’escroc américain Bernard Madoff a été rendue public, les milieux bancaires casablancais affirment que Mohammed VI a perdu des plumes dans ce scandale financier. Mais le Palais s’est empressé de faire taire ces vilains bavards.

C’est une hypothèse qui, depuis deux semaines, égaye les discussions dans les milieux bancaires haut de gamme de la capitale économique du royaume enchanté du Maroc, Casablanca. A entendre ces financiers à la langue bien pendue, le roi Mohammed VI aurait perdu des sous — pas mal de sous — dans l’escroquerie géante de l’homme d’affaires américain Bernard Madoff. Arrêté par le FBI en décembre 2008, ce conseiller en investissements à Wall Street et ancien patron de la bourse Nasdaq est accusé d’avoir orchestré la plus grosse fraude de l’histoire de la finance. Celle-ci pourrait atteindre les 50 milliards de dollars.


Menaces pour faire taire les bavards

Mais au Maroc, les banquiers ont brutalement cessé de caqueter ce week-end. Et gare à la presse qui, sur place, s’aventurerait à relayer l’hypothèse de pertes financières importantes de Mohammed VI dans l’affaire Madoff. Certains font part d’interventions qui sont allées jusqu’à la menace pour les faire taire, surtout s’ils tentaient de régler leurs comptes avec Mohamed Mounir Majidi, le conseiller financier et grand argentier de Sa Majesté, réputé pour sa gloutonnerie économique et que la vindicte populaire désigne naturellement.


Majidi pas coupable de la « bavure financière »

Pourtant, à Casablanca, des sources concordantes affirment que, pour une fois, Mounir Majidi n’est pas responsable de cette « bavure financière ». Car Mohammed VI a, depuis longtemps, ses propres réseaux d’investissements aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis. Ces mêmes sources soulignent que des conseillers financiers faisant partie du lobby juif américain à New-York — qui entretient d’excellentes relations avec le souverain chérifien — auraient mis en relation le roi du Maroc et Bernard Madoff. Ce dernier a même été repéré à plusieurs reprises à Marrakech accompagné de certaines figures du Palais royal…

Les prisons marocaines ne valent pas mieux que Guantanamo


Les prisons du Maroc de Mohammed VI sont aussi peu accueillantes que les bagnes de Hassan II. Témoignages accablants recueillis par l’association Attac-Maroc.

On connaissait la prison noire de Laayoune, au Sahara occidental, où s’entassent dans des conditions ignobles des sympathisants du mouvement séparatiste du Front Polisario. On connaissait aussi le centre de la DST de la ville de Temara qui, au lendemain des attentats de Casablanca du 16 mai 2003, a servi d’usine à torture contre des terroristes islamistes présumés souvent raflés au pif. Et maintenant, on connaît la prison d’Inezgane, dans la région du Souss, où sont embastillés des hommes et des femmes qui ont eu le tort de participer aux violentes manifestations de Sidi Ifni, en août dernier.

Cette ville côtière de 20 000 habitants du Sud du Maroc a connu les 7 et 8 juin 2008, puis les 18 et 19 août 2008 deux vagues de répression violente destinées à mater un mouvement social qui revendique une réelle politique de développement de la région ainsi qu’une extension et une amélioration des services publics.

Quatre de ces manifestants, dont deux militants de l’association Attac-Maroc, ont écrit une longue lettre où ils racontent leurs conditions de détention dignes du Moyen-Age. Ce courrier s’inscrit dans une campagne de communication d’Attac-Maroc, qui réclame « la libération des prisonniers d’Ifni ». Elle intervient au moment où le Makhzen marocain se gargarise de l’obtention d’un « statut avancé » avec l’Union Européenne. Une honte pour le royaume pas vraiment enchanté de Mohammed VI.

Bakchich reproduit dans son intégralité la lettre en date du 21 octobre 2008 des quatre détenus de la prison d’Inezgane qui ont eu le courage de témoigner.


De la prison d’Inezgane, nous vous adressons nos salutations militantes

Notre maintien en prison est la preuve flagrante de la démagogie qui se cache derrière le nouveau concept du pouvoir et le slogan de « l’ère nouvelle » [1]. Tout le bavardage et les applaudissements qui célèbrent la soi-disant amélioration des institutions pénitentiaires et de leur rôle éducatif et correctif ne sont que discours creux et mensonges, au regard de ce que vivent les détenus politiques et de droit commun dans la prison d’Inezgane.

En ce qui concerne les cellules, il y en a de deux sortes :

— Les cellules de l’ancien quartier appelé « caserne ». Au nombre de 7, elles ont une surface de 6mx8m avec à l’intérieur une latrine et une douche d’1m chacune et un bat-flanc près de la porte que nous utilisons comme cuisine où nous posons un réchaud électrique sur lequel les prisonniers préparent leur repas. Cela signifie qu’il ne reste pour les prisonniers — dont le nombre atteint 86 par cellule — que 40m. Les prisonniers sont donc obligés de rester recroquevillés toute la journée (20h/24) ce qui provoque des douleurs dans les articulations, surtout celles des genoux. La sortie dans la cour ne dure que 2 heures le matin, de 9h à 11h, et 2h l’après-midi, de 14h30 à 16h30.

— Les cellules du nouveau quartier, appelé « quartier », ont une surface de 7mx5m avec une latrine d’1m. 68 prisonniers y sont entassés.

— Il y a aussi une autre cellule qui n’a d’infirmerie que le nom, où 16 lits superposés sont alignés sur 24m… et où sont regroupés 28 prisonniers diabétiques, asthmatiques, tuberculeux, sous dialyse, atteints de rhumatisme ou du sida.

— Le quartier des mineurs, appelé « Pipi » comprend 6 cellules de moins de 35 m où sont entassés plus de 400 prisonniers de 5 à 17 ans !!

— Une cellule est réservée aux homosexuels, fermée par une porte en fer et disposant d’une petite fenêtre grillagée : elle ressemble à un cachot et se trouve effectivement près de 3 autres cachots qui sont des cellules sans ouvertures où l’on enferme les prisonniers que l’administration punit parce qu’ils n’ont pas obéi ou selon l’humeur du personnel administratif ou son désir de vengeance. C’est ce qui est arrivé au détenu politique Mohamed Hafid Iazza. Les pensionnaires de ces trois cachots et de la cellule pour homosexuels sont perpétuellement en bute à des insultes, des provocations, des moqueries et des humiliations de la part des gardiens et des autres détenus.

— Il y a aussi une autre cellule pour les fous et les malades mentaux qui se trouve elle aussi près des cachots. Ils sont au nombre de 40.

— Enfin, il y a le quartier des femmes qui seraient au nombre de 45, réparties en deux cellules plus une autre réservée aux femmes enceintes.

— Il y a 4 blocs de douches d’eau froide, disposant chacune de 6 pommeaux, ce qui est totalement insuffisant, ce qui pousse les détenus soit à prendre la douche froide dans les cellules soit à ne pas en prendre du tout. Il y a donc environ 1 400 prisonniers pour les 4 blocs de douches qui ne sont utilisables que pendant une heure de temps lors de la sortie à la cour. La majorité des prisonniers souffre de maladies de la peau, conséquence de la transpiration, du manque de douche, d’hygiène et des infections.

La prison d’Inezgane est connue pour être l’une des pires du Maroc. Il n’y a pas un seul médecin malgré la situation sanitaire déplorable des détenus. Ainsi, Hassan Talbi est parvenu à une situation critique du fait de la négligence de l’administration pénitentiaire. Un médecin, rattaché à la prison d’Aït Melloul vient une fois par semaine, bénévolement, le mercredi.

Cette situation remet en question les propos du ministre de la Santé, Yasmina Baddou, qui prétend que son ministère a déployé des efforts en faveur de la santé pénitentiaire alors qu’une prison de 1 400 détenus ne dispose même pas d’un médecin !

Face à la propagation des maladies et à l’absence de soins, l’hospitalisation est affaire de relations et de corruption. Il en est de même pour les visites, l’accès aux cuisines ou à l’économat. Il n’y a pas de bibliothèque ni de terrain de sport, ni d’activité de loisirs. La vie des prisonniers se limite à manger et à dormir et à la consommation de drogues qui sont vendues librement et en quantité sous les yeux des responsable, du fait de la présence d’un baron de la drogue qui monopolise ce commerce dans la prison. Comme ont dit, créer le besoin crée l’offre et la demande et le sureffectif des prisonniers constitue un marché propice à toutes sortes de commerces qui commencent avec le « chef de chambre » et finit par l’administration : les prix de la place dans une cellule varient selon le quartier et l’emplacement dans la cellule.

Le quotidien de la vie du prisonnier c’est la répression, l’injustice, les pires formes de discrimination. La loi qui règne à la prison d’Inezgane est la loi du plus fort et du plus violent.

C’est dans cet enfer de la prison d’Inezgane que sont placés les prisonniers politiques. D’autres rapports détaillés suivront qui concerneront les différents « services » de la prison pour dévoiler l’ampleur de la sauvagerie qui règne dans la prison et illustre ce qu’est « la nouvelle ère ». Cette sinistre réalité nous pousse à lutter davantage. Nos bourreaux oublient que le fait de nous éloigner de nos camarades et de nos familles ne fait que renforcer davantage notre amour pour notre terre et pour nos familles, davantage notre conviction de la justesse de notre cause et de la légitimité de nos idées et de nos principes.

Nos salutations à tous les camarades et militants dans le combat, malgré la répression et les souffrances. Nous vaincrons.

Signataires

BARA Brahim, numéro d’écrou 81101

AGHARBI Hassan, numéro d’écrou 81934

RIFI Zakaria, numéro d’écrou 82034

OUHADANI Mohamed numéro d’écrou 80932

Sidi Ifni ou le retour des « années de plomb »


Aujourd’hui s’ouvre le procès des manifestants qui se sont soulevés en mai pour tirer leur ville, Sidi Ifni, de la misère. La répression policière a été féroce, la justice risque d’être inique.

Jeudi prochain, le 12 février, s’ouvre devant le Tribunal d’Agadir le procès de Brahim Bara, Hassan Agharbi, Mohamed Ouahadani, Khadija Ziane et dix-huit autres militants du mouvement social de Sidi Ifni, une petite ville de 20 000 habitants au sud du Maroc, sur la côte Atlantique. Douze d’entre eux attendent ce procès depuis plus de six mois dans la prison surpeuplée d’Inezgane tandis que dix autres sont en liberté provisoire.

La situation à Ifni et cet invraisemblable procès illustrent une nouvelle fois jusqu’à la caricature la manière très particulière qu’ont les autorités marocaines de répondre au profond malaise de populations marginalisées depuis des décennies et qui, en désespoir de cause et devant des promesses jamais tenues, ont fini, en mai dernier, par bloquer l’accès du port pour exiger l’examen de leurs revendications et propositions.


Le Pouvoir reconnaît le bien-fondé des revendications

Ce procès est d’autant plus déplacé qu’il y a aujourd’hui unanimité au sein du Parlement, de la presse, de la société civile et même du Pouvoir (hormis le pittoresque Premier ministre Abbas el Fassi pour qui « il ne s’est rien passé à Ifni ») pour reconnaître le bien-fondé des revendications économiques et sociales des habitants d’Ifni en vue de stopper le déclin accéléré de la région. Mais aussi la dégradation continue des équipements et services sociaux de la ville et d’apporter des solutions concrètes au chômage, véritable fléau régional.

« La violence et la sauvagerie de la répression qui s’est abattue sur la ville le 7 juin dernier, rappelle ATTAC Maroc, ont suscité l’indignation et la réprobation de l’opinion publique nationale et internationale qui ont immédiatement manifesté leur solidarité en organisant les 15 et 22 juin deux caravanes de solidarité qui se sont déplacées à Ifni pour lever l’état de siège et le blocus dans lequel s’est retrouvée cette petite ville. Mais au lieu de poursuivre les responsables des vols, violences sexuelles, tabassages et tortures infligés aux habitants par les forces de répression venues de tout le Maroc (4000 hommes au total !), ce sont 22 représentants du mouvement social d’Ifni qui sont aujourd’hui inculpés sous de très lourdes charges : “constitution et direction d’une bande criminelle, insultes à fonctionnaires, destruction d’installations industrielles, entrave à la circulation, rassemblement armé, destruction d’installations portuaires et des voies d’accès, etc”. »


Blabla avec des notables locaux en guise de solution

Bien entendu, comme à l’accoutumée, l’administration marocaine n’a rien trouvé de mieux que de multiplier les réunions avec des notables locaux totalement déconsidérés aux yeux de la population pour n’avoir pas bougé le petit doigt pour sortir la ville de la misère. Quant aux représentants reconnus de cette même population, ils n’ont pas seulement été victimes de violences policières insoutenables – visibles sur YouTube et auxquels l’Association marocaine des droits humains (AMDH) a consacré deux CD – mais ils se retrouvent sur le banc des accusés après avoir déjà purgé — sans procès — de longs mois de prison dans des conditions désastreuses d’entassement, de manque d’hygiène et de soins.

La tenue même de ce procès dans ces conditions et la longue histoire des procès politiques au Maroc font naturellement planer les plus grands doutes sur la volonté du Pouvoir marocain de garantir l’indépendance de la Justice et, ce faisant, de parvenir à apaiser le climat de tension dans lequel vit la ville d’Ifni depuis des années. Les accusés risquent de cinq à vingt ans de prison.


30 % de chômage à Sidi Ifni

Rappelons que Sidi Ifni est restée plus longtemps que les autres villes marocaines sous administration coloniale espagnole et n’a été rétrocédée au Maroc qu’en 1969. Ville alors florissante, elle connait depuis un processus de marginalisation et de paupérisation. Administrativement déclassée et rattachée à la province d’Agadir en 1970, Sidi Ifni ne bénéficie pas des mêmes subventions que les villes voisine et elle vivote aujourd’hui de tourisme, de la pêche encore concédée et de l’argent envoyé par ses émigrés. Le taux de chômage actuel y dépasse les 30%. L’absence de perspectives incite nombre de jeunes à s’embarquer clandestinement vers les Canaries voisines pour 28 heures d’une dangereuse traversée.

En revanche, les ressources halieutiques de la région attisent les convoitises de lobbies économiques extérieurs à la ville, ayant de très fortes connexions avec l’appareil sécuritaire du Royaume. Ifni voit passer le poisson mais n’en récupère pratiquement plus aucun bénéfice et même les postes de travail du port bénéficient essentiellement à une main d’œuvre extérieure à la région.


Répression policière digne des années de plomb

Cela explique pourquoi, exaspérée par les promesses non-tenues et l’absence de réponses à ses demandes, un groupe de jeunes et de chômeurs a décidé, à la fin mai 2008, de bloquer l’accès au port, ce qui a déclenché en retour, à partir du samedi 7 juin, une répression d’une rare violence menée par les plus hautes autorités sécuritaires, celles-là mêmes qui exerçaient tout au long des « années de plomb » et qui se trouvent avoir des intérêts directs dans le secteur de la pêche dans la région.

Le fait nouveau à Ifni est que la violence de la répression n’a pas eu raison de la colère des habitants. Cinq jours après le « samedi noir » du 7 juin, une manifestation de plusieurs centaines de femmes en noir reprenait possession de la rue. Le 15, c’est une marche monstre de 12 000 personnes qui sillonne pendant plusieurs heures les rues d’Ifni. L’opération est rééditée le 22 juin.

Depuis, inlassablement la population se mobilise dans les quartiers populaires et continue à présenter ses revendications et à réclamer l’ouverture de réelles négociations, avec comme préalable la libération des prisonniers, l’arrêt des poursuites pénales et la reconnaissance publique des exactions du 7 juin.

Le mouvement qui se déroule à Ifni constitue un test tant pour le mouvement social que pour le gouvernement. Il pose des questions qui débordent largement le cadre de ce petit port naguère un peu assoupi et s’insèrent non seulement dans un mouvement social qui s’étend dans tout le sud marocain, mais aussi dans le débat qui parcourt le mouvement altermondialiste international.